Douze maisons en papier — catalogue d'une exposition oubliée

3 décembre 2018

Cette page rassemble les notes de catalogue rédigées pour l'exposition « Douze maisons en papier », présentée du 8 au 29 novembre 2018 dans la salle basse du Centre d'art contemporain de Clamart. L'exposition n'a pas fait l'objet d'un catalogue imprimé (le budget ne le permettait pas, et honnêtement, douze maquettes en papier dans une salle de 40 m² ne justifiaient pas un tirage). Ces notes existaient sous forme de feuillets A5 posés devant chaque pièce. Je les reproduis ici parce que plusieurs visiteurs m'ont écrit après coup pour me demander les textes, et que les feuillets originaux ont pris l'humidité dans mon atelier de Meudon.

Le projet

Tout est parti d'un exercice que je m'étais imposé en janvier 2017 : construire une maison en papier par mois pendant un an. Pas une maquette d'architecte — je n'ai aucune formation en architecture. Plutôt une interprétation libre d'un bâtiment que j'avais vu, habité, ou imaginé. Le matériau de base est toujours le même : papier Canson blanc 224 g/m², découpé au scalpel Swann-Morton sur tapis de coupe, plié sans colle quand c'est possible, avec colle vinylique Cléopâtre quand ce ne l'est pas.

Les dimensions varient de 6 cm (la plus petite, n°3) à 22 cm de hauteur (n°11, la tour). Aucune n'est à l'échelle. L'échelle est le problème de l'architecte ; le mien, c'est le rapport entre le volume de papier et l'émotion que la maison m'a laissée. Une maison qui m'a bouleversée sera plus grande. C'est aussi simple et aussi arbitraire que cela.

Les douze maisons

Catalogue complet des douze pièces exposées au Centre d'art de Clamart, novembre 2018.
NomInspirationDimensionsPapier
1La maison de l'écluseÉcluse de Rohan, canal de Nantes à Brest14 × 9 × 11 cmCanson 224 g blanc
2La maison sous la pluieCabane ostréicole, bassin d'Arcachon10 × 7 × 8 cmCanson 224 g + encre bleue
3La maison impossibleSouvenir d'enfance, maison démolie à Vitry6 × 4 × 5 cmCanson 224 g blanc
4La maison longueLongère en granite, presqu'île de Crozon18 × 6 × 7 cmCanson 224 g + lavis gris
5La maison ouverteRuine dans le Morvan, toiture effondrée11 × 8 × 12 cmCanson 224 g découpé ajouré
6La maison du canalMaison éclusière, canal du Midi13 × 8 × 9 cmCanson 224 g + kraft brun
7La maison du gardienLoge de gardien, cité ouvrière de Noisiel12 × 8 × 9 cmCanson 224 g blanc
8La maison en hautRefuge CAF, massif des Écrins9 × 7 × 14 cmCanson 224 g + aquarelle
9La maison basseMaison troglodyte, Saumurois15 × 10 × 6 cmCanson 224 g + terre d'ombre
10La maison coupéeImmeuble haussmannien sectionné, Paris 13e8 × 8 × 16 cmCanson 224 g + mine graphite
11La tourPigeonnier rond, Quercy7 × 7 × 22 cmCanson 224 g roulé
12La dernière maisonAucune — inventée10 × 10 × 10 cmCanson 224 g blanc pur

Notes sur trois pièces

La maison n°3, « la maison impossible », est la plus petite et celle qui a suscité le plus de questions. Elle mesure 6 cm de haut. Elle représente une maison qui existait au bout de la rue Auger à Vitry-sur-Seine quand j'avais sept ans et qui a été démolie pour construire un parking. Je ne l'ai jamais photographiée. Je ne suis pas certaine qu'elle ait existé telle que je m'en souviens. La maquette est donc construite sur un souvenir douteux, ce qui me semble être la façon la plus honnête de représenter un bâtiment disparu.

La maison n°5, « la maison ouverte », est une ruine du Morvan que j'ai vue en août 2017 depuis la D978, entre Château-Chinon et Autun. La toiture s'était effondrée et on voyait l'intérieur depuis la route. J'ai découpé le papier en ajours pour simuler l'effondrement. C'est la seule pièce de la série qui utilise le vide comme matériau structurel.

Construire une maison en papier, c'est accepter qu'elle ne résistera pas. C'est exactement l'inverse de l'architecture, et c'est exactement ce qui m'intéresse.

— Carnet de travail, mars 2017

La maison n°12

La dernière maison est la seule qui ne correspond à aucun bâtiment réel. C'est un cube parfait de 10 cm de côté, en papier blanc, sans fenêtre, sans porte, sans toit distinct. Plusieurs visiteurs m'ont demandé si c'était une blague, ou un commentaire sur l'architecture contemporaine. Ce n'est ni l'un ni l'autre. Après onze mois à reproduire des maisons vues ou rêvées, j'ai voulu construire une maison qui n'existait nulle part, qui ne ressemblait à rien, et qui ne pouvait pas être habitée. Un cube de papier blanc dans une salle blanche. Le contraire d'un logement. Le degré zéro de la maison.

Après l'exposition

L'exposition a accueilli 340 visiteurs en trois semaines, ce qui est correct pour la salle basse du Centre d'art de Clamart un mois de novembre. Trois pièces ont été vendues (n°2, n°8 et n°11) à des prix que je préfère ne pas indiquer parce qu'ils étaient très bas et que je ne suis pas sûre que le travail de trois mois sur une maquette en papier de 10 cm doive être évalué en euros.

Les neuf maisons restantes sont dans mon atelier de Meudon, dans une vitrine en verre que j'ai achetée chez Ikea pour 89 €. La vitrine les protège de la poussière mais pas de l'humidité, et le papier de la maison n°4 a commencé à gondoler. C'est le problème du papier comme matériau : il vit, il réagit, il se déforme. En un sens, les maisons en papier vieillissent comme les vraies maisons. Elles ne tiennent pas la promesse de permanence que l'architecture prétend offrir. Mais aucune maison ne la tient vraiment.

Je n'ai pas refait de série de miniatures depuis cette exposition. J'ai commencé un projet de boîtes en carton ondulé en 2020, pendant le premier confinement, mais je l'ai abandonné au bout de quatre pièces. Le papier blanc me manquait. Je reprendrai peut-être. Les maisons ne manquent pas.

Références

Centre national des arts plastiques